Ébranlée par de nombreux faits divers affligeants, la réputation des établissements hospitaliers pour personnes âgées et dépendantes (EHPAD) continue de faire parler d’elle. Personnel insuffisant, négligence, pression constante, autant de facteurs qui font de ces lieux dédiés au bien-être de nos aïeuls un véritable purgatoire. Si cette situation a malheureusement la peau dure, c’est souvent en raison de l’absence de lanceurs d’alerte quant à ce sujet plus que jamais d’actualité dans une population française vieillissante. Hella Kherief, une aide-soignante marseillaise, appuie là où ça fait mal et n’hésite pas à pointer du doigt ces lieux de vie qui connaissent de nombreuses dérives. Ce témoignage qui force l’indignation nous est relayé par nos confrères du site 20 minutes.

Il n’est pas rare que les journaux soit ponctués de véritables scandales qui surviennent en EHPAD. Si certains accusent sans équivoque les aides-soignants de négligence, la responsabilité de cette situation découle également de la gouvernance désastreuse de ces centres. Dépassés, les membres de ces établissements se sentent parfois surmenés par le travail disproportionné quant à leur effectif et peuvent parfois être victimes de burn-out. Hella Kherief, aide-soignante dans un centre à Marseille partage son expérience accablante dans ces « purgatoires » pour personnes âgées et dépendantes.


Une situation intenable

Entre avril et juillet 2018, une dizaine d’aides-soignantes de la maison de retraite médicalisée des Opalines (Jura) ont levé la voix avec une grève de plus de 100 jours. En cause ? Le personnel insuffisant face à la demande des résidents. Interrogée par Europe 1, une des grévistes pointait du doigt le manque d’aide-soignants. « Je n’ai que quinze minutes pour m’occuper d’un résident. Lui laver les dents ? Les cheveux ? On n’a pas le temps car il faut choisir » explique-t-elle. Une situation qui pousse ces professionnels à faire preuve de négligence involontaire. Mathilde Basset, infirmière, a également publié un message sur les réseaux sociaux vastement relayé et partagé. Elle témoigne : « Ce matin, j’étais seule pour 99 résidents, 30 pansements, plusieurs surveillances de chutes récentes, un œdème aigu du poumon et j’en passe » Une sollicitation constante qui met à mal les membres du personnel de plus en plus en proie à l’épuisement professionnel.

Hella Kherief : la descente aux enfers

Avant que la situation de l’aide-soignante ne devienne insoutenable, Hella Kherief vivait une relation idyllique avec son choix de carrière où elle a rapidement accédé au sésame tant envié de CDI. Mais la femme déchante rapidement puisqu’à l’arrivée de la nouvelle directrice, le ton est donné : elle allait devoir se relayer à ses nombreux collègues en arrêt maladie. « Pour pallier le manque d’effectif, je ne lave que les parties intimes des résidents […] Je suis en train de maltraiter ces personnes mais j’ai du mal à le reconnaître. Nous avons un quota de 3 couches par jour » déplore la femme qui a embrassé ce métier avec passion.

Lancer l’alerte

Après cette expérience, Hella dénonce. Elle décide de pointer du doigt cette situation qui ternit la réputation de ces centres dédiés au bien-être des personnes âgées et dépendantes et de ne plus céder à la tyrannie du silence. « Au début, j’ai pleuré et commencé à regretter. Je me suis dit que j’aurais mieux fait de rester tranquille, comme tout le monde et me taire. Puis je me suis dit qu’il fallait le faire. […] Le public ne sait pas qu’on laisse baigner les gens dans leur merde pendant cinq ou six heures sans aucune humanité » a-t-elle confié à 20 minutes dans une tribune lui étant dédiée. Puis d’ajouter avec regret : « J’ai écrit un livre il y a quelques mois et j’ai adressé un courrier à la ministre de la Santé. [ndlr : Agnès Buzyn] . Sa réponse : une lettre de son cabinet m’indique qu’elle n’a pas le temps. » Depuis ces sollicitations par les médias, Hella Kherief peine à trouver un CDI et bénéficie du soutien de la CGT pour assurer des vacations en milieu hospitalier.